Glissade

Une petite histoire que vous pouvez terminer en ajoutant votre contribution dans les commentaires.

La petite fille ne devait pas avoir bien plus de deux ans, elle escalada sans difficulté les marches de l’échelle du petit toboggan et se tint debout au sommet, vérifiant que sa mère, assise sur le banc, l’avait vue. Elle savait qu’elle n’avait pas le droit de se jeter sur la pente dans cette position.

La mère l’appela par son prénom et la fillette se mit aussitôt à genoux, regarda encore sa mère qui lui dit non et l’enfant s’allongea la tête la première les bras en avant prête à descendre. La mère se leva et l’enfant se lança sur la piste lisse du toboggan, elle se reçut sur les mains et à plat ventre sur le tas de sable elle rit.

La mère frotta le sable de ses vêtements et lui parla doucement sans aucune forme de reproche. Je n’entendis pas la conversation mais l’expression du visage de la mère était douce et bienveillante.

Depuis mon banc j’observais le manège du duo depuis un bon moment et admirai les ressources imaginatives de l’enfant qui testait toutes les positions de glissades sans peur et le calme de sa mère.

Le tas de sable de réception était moelleux à en juger par les traces de pas laissées par la mère et par les fesses de la petite.

L’enfant couru vers l’échelle et recommença son manège debout, à genoux, assise et pour une fois elle choisit la position classique pour s’élancer. Elle avait croisé ses bras sur sa poitrine et souriait en atterrissant sur le sable, contente de sa glissade.

Là elle décida que ce jeu avait assez duré et se dirigea vers un ensemble de balançoires métalliques doubles. Elle appela sa mère pour qu’elle l’aide à se balancer après s’être installée toute seule. La mère arriva et l’enfant fit mine de se lever pour rester debout entre les deux sièges. A nouveau la mère dit non, l’enfant obéit et se rassit.

La mère poussa la balançoire et l’enfant demanda plus fort.

Je ne pouvais m’empêcher de les regarder.

Un groupe de garçonnets un peu plus âgé déboula d’on ne sait où et perturba la scène. Je refermai mon journal et le rangeai dans mon sac. Je pris ma canne et me levai pour reprendre le cours de ma promenade à pas lents.

Je passais à proximité du banc où la mère et l’enfant étaient assises l’une à côté de l’autre, l’enfant mangeait maintenant un gâteau et la mère rangeait sous la poussette les jeux de sables en les secouant préalablement. Je les saluai d’un au revoir à mi-voix et m’éloignait. L’enfant répondit au revoir Madame en articulant chaque syllabe distinctement. Puis elle demanda à sa mère si j’avais mal en me voyant boiter. La mère expliqua que j’avais peut-être mal à une jambe et que c’était pour ça que j’avais une canne pour marcher. Je me retournai et fit un petit signe de la main.

Cela faisait quelques semaines que je les voyais lors de ma promenade et que je profitais des bancs de l’aire de jeux du parc pour reprendre mon souffle avant de rentrer. La mère était toujours calme et l’enfant espiègle s’amusait sans faire trop de bruit.

C’est à ce moment-là que le cycliste m’a percuté m’envoyant au sol face contre terre.

Après je ne me souviens plus de ce qu’il s’est passé.

Le policier qui était assis au pied de mon lit d’hôpital avait écouté mon témoignage et enregistré sur un dictaphone. Il me dit de me reposer et de ne pas m’inquiéter qu’ils allaient retrouver le responsable de mon accident et me demanda si je voulais porter plainte. Je refusai son offre, cette chute et ses conséquences sur ma santé étaient infimes. Après tout j’étais en train de mourir d’un cancer et je boitai à cause d’une métastase de mon cancer dans ma boite crânienne. Mes éraflures et bleus n’étaient pas graves et s’il n’y avait pas eu cette petite perte de mémoire j’aurais pu éviter les urgences pour cette fin de journée.

Une fois le policier en uniforme parti un interne vint me voir et me dit que j’étais autorisée à rentrer si quelqu’un venait me chercher. Une infirmière vint m’aider à m’habiller, je fis les papiers de sortie et j’appelais un taxi depuis le hall des urgences et lorsqu’il se présenta au portail de l’hôpital, je pris le chemin de mon domicile.

Il me fallut quelques jours pour me remettre de l’incident avant de pouvoir retourner marcher et retrouver mon banc de l’aire de jeux.

 

Vous voulez terminer l’histoire ? Ajouter votre fin dans les commentaires.

 

 

 

 

 

Les gants des Jeanne, une histoire pour les enfants

Les gants des Jeanne, une histoire pour les enfants(aussi)

La maîtresse a toujours des idées bizarres.
Hier elle a demandé qu’on lui raconte notre week- end.
Moi je trouve ça indiscret leurs trucs de vous faire raconter votre vie, pas vous? Quand elle est venue à côté de moi et a dit:
– Alors Sarah tu nous racontes ton week-end?
Moi, je lui ai répondu :
– J’étais au mariage de mes grands-pères?
Elle m’a punie. Sûre qu’elle croyait que je mentais. Ben c’est pas vrai. Je vous raconte du début.
Grand père Max c’est mon papy chéri, grand père Léo c’est mon papy gâteau
Le mercredi quand maman travaille, je vais chez l’un ou chez l’autre, ils se chamaillent tout le temps pour que je vienne chez l’un ou chez l’autre. Mais comme ils ne se parlent pas ils se chamaillent au téléphone avec maman qui sert d’arbitre comme au catch. Elle a trouvé un truc avec une pièce pour choisir chez qui je vais. Elle lance la pièce et selon le côté où la pièce tombe je vais chez l’un ou chez l’autre. Et la semaine suivante on fait le contraire. De temps en temps il faut relancer la pièce parce que Max et Léo ne sont pas d’accord ou parce que maman aime lancer la pièce.
Moi ça m’est égal je les aime pareil mes grands-pères.
Max; il est très grand avec des cheveux gris ; il vit tout seul, dans une maison avec des volets bleus, comme la mer des dauphins du pays où on était en vacances.

Max parle le français, mais il ne le prononce pas comme moi, il vient de loin, d’un pays qui n’existe plus.
Je ne savais pas que ça pouvait disparaître un pays mais lui c’est ce qu’il dit et je le crois, il est si vieux et il sait tellement de choses.

Léo il est plus petit et ses cheveux il les a tous perdus. Il vit dans une maison petite comme pour les poupées, chez lui ça sent toujours bon les gâteaux aux miels et aux épices d’un endroit qu’il appelle « là-bas »; moi je ne sais pas où c’est là-bas. C’est peut être le pays de Max aussi ?

J’ai sept ans et je suis leur seule petite fille, ma maman elle dit que j’ai de la chance d’avoir des grands pères, je ne sais pas pourquoi elle dit ça. Mais les mamans on ne les comprend pas toujours.
Quand je suis chez Max c’est comme dans un musée il y a des vieilles photos en noir et blanc partout. Sur tous les murs des photos dans des cadres dorés ou sous des verres.
Il était photographe quand il était jeune.
Sa femme elle est partie, c’est ce qu’il dit. Moi je crois qu’elle est morte, je ne lui dis pas, sûr que ça lui ferait de la peine et si il préfère dire qu’elle est partie c’est son droit.
Parfois je bâille après avoir mangé des gâteaux, alors de sa grosse voix il dit :
– Petite Sarah est fatiguée. Petite Sarah va dormir?
Alors moi je file sur son grand lit, je m’installe dans ses oreillers, il en a des tas, c’est pour quand il lit ses gros livres. ll lit au lit avec tous ses coussins il en met dans son dos, sous ses bras et même sous le livre. Une montagne de coussins pour lire.
Je sais tout ça parce que des fois je reste dormir pour de vrai chez Max et il m’installe un petit lit de camp au pied du sien. La nuit il ronfle fort, on dirait le bruit des vagues de l’océan.
Mais Max il est champion pour les histoires. Je vous en raconte juste une sinon vous n’allez pas me croire, comme la maîtresse.

– Dans un pays loin, très loin de ce pays, il existe un peuple différent.
– Il est différent comment?
– Ils parlent une drôle de langue…
– Celle là d’histoire, je l’adore.
– Dans ce pays les gens n’ont pas appris à terminer les mots, alors ils inventent la fin des mots comme ça leur chante. Par exemple ils disent:
-J’ai mal à la têta ou bien ce lit est bien mollassonou
– Et alors ?
– Alors un jour que je traversais ce drôlatesque de paysageou.
– Oh Maxou tu me fais rigollasser! J’ai mal au ventripotent.
– Ecoutasse mon historiette petite Sarah; un peu de sérieusette!!

Et Max raconte une histoire.
Je ris tant et tant que mon rire s’envole jusqu’à la maison de grand père Léo.
Léo est peut-être dans sa cuisine il me prépare des gâteaux. Pour demain peut être! Et j’aime manger les gâteaux.
Quand j’ai bien mangé, je lui raconte les histoires de Max.

Léo et Max ne se parlent jamais ils sont fâchés et moi je trouve ça bête comme tout.
Si je leur demande pourquoi ils ne se parlent plus et bien vous voulez savoir leur réponse?
Ils ne s’en souviennent même plus .
Ils sont très vieux c’est pour ça qu’ils oublient tout.
Alors j’ai décidé de les faire redevenir ami, comme ça le mercredi je pourrais les voir tous les deux. On mangerait les gâteaux de Léo et on écouterait les histoires de Max. Ensemble !

Mais moi, j’ai seulement sept ans alors j’ai du mal à trouver l’idée.
Mon copain Théo il n’a pas de grand-pères mais lui il a des grand-mères.
Les mamies de Théo elles sont jolies toujours bien habillées, maquillées, parfumées comme tous les jardins et Théo c’est mon amoureux.
Ensemble on a trouvé l’idée pour réunir mes papys et ses mamies ; nous les petits on leur a organisé un rendez- vous.
Pendant toutes les récréés de la semaine, on a réfléchi dur et on a trouvé.
Sur le grand boulevard il y a un endroit magique avec trente-trois parfums de glace; c’est là qu’on a organisé la rencontre.
J’ai dû demander à maman de m’aider parce qu’il fallait que Max et Léo viennent tous les deux alors ma maman elle leur a donné un rendez-vous là-bas sans leur dire qu’ils se rencontreraient.
Et Théo il a juste expliqué à ses grands-mères que ça serait bien d’aller manger des glaces avec moi, il leur a même dit :
– C’est ma fiancée, mon amour-toujours. Vous devez venir.
Il a insisté :
– Si on est tout seuls ils ne nous serviront pas, ils appelleront la police et on sera séparé, pour toujours.
Théo en fait des tonnes mais ses mamies ont l’habitude.
Bien sûr elles sont gentilles et en plus elles ont compris qu’il exagérait un peu, Théo il ne peut pas faire autrement, il exagère toujours.
Le jour de la rencontre, elles sont arrivées les jolies mamies de Théo. Moi j’étais installée entre Max et Léo
Ils ne se regardaient pas.

Mais quand Théo est venu avec les belles Jeanne, car toutes les deux elles s’appellent Jeanne. C’est drôle non ?
Ils se sont levés tous les deux Max et Léo, ils ont pris les mains des Jeanne et ont délicatement posé leurs lèvres sur les gants des dames. OUI, elles portent des gants très jolis, comme dans le temps m’a dit maman.
Je vous l’avais dit, elles sont élégantes les Jeanne.
Ils se sont présentés et ça bavardait, ça riait. Théo il me faisait des clins d’oeil.
Nous on a mangé une glace énorme avec de la chantilly des cigarettes russes, des pépites de chocolat, un régal; le bonheur.
Max et Léo ils se sont mêmes parlés de leur pays qui avait disparu.
Le soir, quand maman est venue m’embrasser dans mon lit, elle m’a dit que Max et Léo lui avaient téléphoné l’un après l’autre pour lui raconter les charmantes Jeanne de Théo.
Tout ça c’était il y six mois .
Et bien sur ils se sont mariés Max et Jeanne, et, Léo et Jeanne.
Ce samedi, devant Monsieur le Maire, ils se sont dit oui pour la vie.
Oh! non c’est pas comme dans les contes de fées.

Ils sont trop vieux ils n’auront pas beaucoup d’enfants, d’ailleurs ils en ont déjà plein. Chacun les leurs, mais pour Théo et moi cela va nous faire des nouveaux cousins et des nouveaux oncles et des nouvelles tantes. Et moi du coup j’ai des grands-mères. Les Jeanne.
Et oui madame la directrice c’est vrai mon histoire, alors je peux retourner en classe à côté de Théo ?

Cher Léon le livre est en vente

Voilà la boucle est bouclée Cher Léon est désormais disponible sur papier
 vous pouvez le feuilleter ici et le commander sur Blurb 
Merci à tous pour votre soutien pendant la période d’écriture et de publication.
Merci à Jérôme, Nolwen et Isabelle pour leur aide et à Cyril pour la maquette.

Cher Léon une archive filmée de 1939

Archive familiale ce petit film a été tourné l’été 1939 .
Durée : 15 mn

Film de la famille Schwab tourné l’été 1939 en France et en Suisse avant le départ pour l’Allier puis le Portugal et les Etats-Unis en 1940

Cette archive vous présente les protagonistes de Cher Léon:

  • Les trois enfants : Alice, Jojo et Lizzie la plus jeune
  • Les parents Léon et Ady,
  • Les grands parents Emmanuel et Berthe
  • L’oncle Camille et la tante Renée

22 mai 2016 : en guise de conclusion

Cher Grand Papa, Cher Léon
Je pense que c’est la dernière fois que je viens te voir, j’en suis désolée et aussi heureuse.
C’est la fin de l’histoire d’Alice, nous sommes courant 1948 et les événements de 1948 restent flous. Des questions qui n’auront pas de réponse. Plus jamais, faute de témoins. Faute de témoignages et d’archives. La seule chose dont nous sommes sûrs c’est l’issue, la mort d’Alice puis celle d’Ady.
Tous les contemporains d’Alice ont disparu ou les rares restant en vie, n’ont pas de réponses.
Que s’est-il passé cette année-là, en dehors de cette amourette qui a conduit à la grossesse de ta fille. Une grossesse non désirée mais qui sait si cet enfant elle ne l’a pas voulu ? Lizzie pendant ce temps poursuivait insouciante sa scolarité à Genève, c’est du moins ce que les lettres entre elle et Ady au chalet laissent percevoir. Ady se plaint de sa vie diminuée par la maladie tout en restant très vague sur son état de santé réel. Vous descendiez à Genève de temps en temps pour voire les filles, vos filles. Elle avait une infirmière à ses côtés en plus d’une aide-ménagère pour le chalet.
Alice allait à Paris chez Renée qui avait fini par acquérir un appartement où oncle Camille commençait à séjourner et à consulter. Dans sa clientèle beaucoup d’anciens patients français de New York. Des nouveaux aussi.
Tu voyageais, en avion, le plus souvent au-dessus de l’Atlantique. Qu’allais-tu faire aux Etats-Unis ? Des achats pour le magasin, des affaires différentes, je ne le saurai jamais.
J’aime bien qu’il subsiste une zone d’ombre sur la fin, tout comme sur la vie de Lizzie et de Jojo.
J’ai quand même une grande nouvelle à t’annoncer, tes films d’avant-guerre, j’ai enfin réussi à les faire numériser, nous allons pouvoir les regarder tous ensemble et vous voir au chalet et à Bellerive avant guère. La dernière fois et la seule fois où nous avons pu les projeter c’était il y a au moins vingt ans et j’ai pleuré tout mon soul en vous découvrant à nouveau animés et bien vivants. Cette fois ci je prévoirais les mouchoirs pour ne pas renifler trop.
Je n’aime pas te dire adieu, ni même au-revoir. Comme tu sais mon temps continue de se raccourcir aussi ici. Je ne sais pas ce que je choisirai, d’en finir seule en Suisse, ou de continuer à attendre ce temps interminable de ma déchéance physique lente et inexorable et l’hospitalisation en soins palliatifs.
Les jours ne se ressemblent pas et je sens Alice et Ady, la détresse de l’une et la sérénité de l’autre. Mourir est compliqué, laisser les miens est un crève-cœur. Il me reste à préparer les photos qui accompagneront la version imprimée de cette expérience que fut notre correspondance à sens unique. Je procrastine, je retarde comme si cela aura de l’influence sur ma maladie et sur la date de son issue.
Je pourrais parler du monde de 48, de vos espoirs lors de la proclamation de l’indépendance de l’Etat d’Israël, je pourrais imaginer que vous étiez réunis lors du discours de Ben Gurion. Votre émotion bien réelle, tes espoirs réalisés. Toi qui jusqu’au bout a soutenu cette terre et les hommes et les femmes qui l’ont façonnée.
J’aurai pu parler des cours d’arts de Lizzie, de ses amours et de ce beau Sud-américain qui me valut une version hispanique du nom de ton père bien longtemps après cette année 48. J’aurais pu évoquer le magasin et le redémarrage de l’activité. Mais il est trop tard, Alice va choisir la mort et parfois je la comprends, Ady dans son chagrin ne résistera pas longtemps aux assauts de la maladie. Mais toi qu’as -tu ressenti. Quel chagrin t’a dévasté ? Comment as-tu surmonté cela ? Je ne le saurai pas.
Après ta mort j’ai racheté avec mon frère votre maison, ta maison pour en faire la nôtre. Un attachement déraisonnable qui m’a amené à la perdre plus tard. Un échec mais quelques années de bonheur. J’ai quitté la ville et ai créé une autre vie loin de ce passé. Il m’a fallu du temps pour renouer avec nous et encore plus longtemps pour tenter de dénouer la pelote de l’histoire et tricoter ce récit un peu décousu.
Voilà Grand-papa, nous arrivons au terme, à la fin inachevée.
Laissons-là ainsi Cher Léon.

Alice plonge de ce balcon, suspendue un instant dans les airs, je lui dis que je l’aime et que je vous aime tous, vous mes morts et vous mes vivants. Je ne vous dis pas au revoir et vous remets dans mon cœur à votre place.