10 mars 2016 : de retour d’Amérique

Cher Léon, cher grand-papa

Je suis rentrée lundi, j’ai pris un peu de temps pour me remettre du voyage et des émotions.

Ça n’est pas mon premier voyage de l’autre côté de l’Océan Atlantique, tu le sais cher Léon. Le premier a eu lieu en 1975 j’avais quinze ans et quand je suis rentrée tu es la première personne que je suis allée voir. Tu n’es plus là aujourd’hui, alors je t’écris parce qu’il faut que je te raconte. J’ai retrouvé le dernier morceau du puzzle que tu avais si bien caché. L’histoire est presque complète, je remplirai les blancs, tu sais comme j’aime remplir les silences.

Peut-être ce voyage était-il le dernier, en tout cas le dernier sur les traces d’Alice et sur les vôtres à tous.

J’ai trouvé vos documents d’immigration ta demande de naturalisation, tes adresses successives, les écoles des enfants et tout ce qui n’avait pas été dit. J’ai tout remis dans l’ordre et j’ai commencé à rédiger. J’ai dû m’interrompre quelques mois parce que ma santé n’est pas terrible ces temps-ci. Malgré tout je suis partie juste avant mon anniversaire et je ne le regrette pas. Ce dernier voyage a été éprouvant mais tellement satisfaisant.

Il m’a fallu beaucoup de patience pour récolter les pièces de l’énigme de votre périple, vingt ans cher Léon. Vingt ans tu te rends compte ?

Avec ma fille aînée, la seule que tu aies connue, j’avais déjà été à Lisbonne mais vous n’y étiez pas, vous aviez choisi la petite ville de Caldas da Rainha pour attendre les affidavits qui vous permettaient d’émigrer. Vous aviez obtenu vos visas à Lyon avant de quitter l’Allier où vous étiez installés. Tu avais anticipé l’évacuation de l’Alsace et déjà mis ta famille à l’abri. Tu étais trop fort grand-papa.

Magellanes-01

Le deux octobre 1940 vous avez embarqué sur le S.S. Magellanes dans le port de Lisbonne. Tu avais réussi cher Léon, tu partais mettre ta famille à l’abri de la guerre et des persécutions antisémites. Tu laissais au Portugal tes parents, ta sœur et son mari, en attente des autorisations pour te suivre. Mais je les ai aussi suivis pour ne pas dire poursuivis. Ne t’inquiète pas. J’ai tout retrouvé.

A bientôt cher Léon, tu te souviens de la salle à manger du navire qui vous emmenait ? Tiens je l’ai aussi retrouvée.

salle à manger Magellanes

Je t’embrasse.

 

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  1. Voilà, maintenant, s’il te plait, continue de nous raconter l’histoire de ta famille, l’histoire de cette femme magnifique sur cette photo. Avec ses cheveux étalés en éventail, ses yeux clairs qui nous fixent droit devant, on veut savoir. Qui est-elle, paisiblement allongée, les bras passés sous la tête, pour la pose, son visage détendue, un léger sourire sur ses lèvres maquillées. Droit devant, confiante en cet été où l’herbe est encore verte. Dis-nous.

  2. alors voilà que le puzzle petit à petit prend forme et livre ses dernières enigmes
    Il te reste maintenant à continuer l’histoire !!!!!!
    mais ça c’est une autre histoire
    A bientot