11 mai 2016 récupérer nos vies

Cher Grand Papa, Cher Léon

Je suis venue hier mais je n’ai rien écrit parce que les maux de têtes empêchaient mes mots de s’agencer sur l’écran. Depuis on m’a changé mon traitement et me re voilà, soulagée des maux mais réveillée beaucoup trop tôt.

Nous en étions,à la fin de la guerre en Europe, et à vos décisions de retour après la libération de toute l’Alsace.

Emmanuel voulait absolument rentrer et relancer l’affaire avent que les fils d’Abraham Dreyfus, son concurrent déjà décédé et beau-père de son fils Léon, qui avaient survécus à la guerre ne relancent les grands magasins du Louvre. Magasin mitoyen des Grandes Galeries Le Louvre était avant guerre de loin le leader sur le marché du beau.. Addy avait des nouvelles d’Alfred Dreyfus qui n’était pas encore démobilisé de la Royal Air Force, Charles Dreyfus était mort assassiné par les Allemands, Paul résistant dans le Vercors avait disparu aussi. Sur les sept fils d’Abraham il reste Gaston, René, Jean-Jacques et Alfred.  Emmanuel sait qu’ils ne vont pas se tourner les pouces et il insiste auprès de Léon pour que son fils rentre avec lui. Léon refuse. Père et fils se fâchent et Emmanuel rentre prêt à lancer un combat commercial face au Louvre et au concurrent commun : le Globe. Fort de son expérience au Etats-Unis et des longues heures qu’il a passé à arpenter les allées des grands magasins à New York en notant les innovations, il lance la fabrication d’une collection de prêt à porter pour femmes et emporte avec lui de la marchandise lors de première traversée transatlantique. Il n’a pas oublié un stock important de bas de soie et de nylon dont les femmes ici raffolent. Il recrutera des couturières et créera un atelier dans le magasin, Emmanuel se dit que la guerre a dû détruire bien des ateliers et que les fournisseurs juifs du Marais n’ont pas dû survivre aux déportations dont les échos atroces arrivent dans la presse et aux actualités au cinéma.

Léon se charge de suivre la fabrication d’une ligne de chemises pour hommes identique à celle de Macy’s et l’expédiera au plus vite avec du tissu de coton et de la laine à costumes. Joseph Farrol a pour mission de s’occuper des douanes en Amérique.

 

Mathieu ayant rapporté les stocks de marchandises cachés au début de la guerre à Vichy, Emmanuel une fois le magasin remis en état, débarrassé de la signalétique allemande et le personnel remis au travail devra aussi se faire indemniser pour les dommages de guerre. Il doit s’enquérir du sort des membres de sa famille restés derrière et il sait que certains employés juifs qui avaient fui avec eux dans l’Allier ont été arrêtés et déportés. Emmanuel doit retrouver leurs familles. Il a déjà soixante-dix-huit ans mais encore une belle énergie. Il bout depuis 1939 et Berthe ne peut rien y faire, ils vont rentrer.

A New York et South Orange la situation tourne autour de la santé d’Addy qui se dégrade et celle d’Alice qui semble aussi stable que possible, Lizzie vit sa petite vie, assez souvent livrée à elle-même, Jojo étant en Pennsylvanie où il semble profiter de sa liberté d’étudiant. Un peu trop au goût de Léon qui ne voit pas d’un bon œil les courriers du principal arriver accompagnés parfois d’une lettre du banquier où les dépenses de Georges ne correspondent pas aux accords prévus. Las de ses débordements, Léon se décide à aller rendre une visite à son fils qui a gagné par ses parties de cartes et ses courses effrénées en voiture de sport le surnom de Barney Oldfield de Brodbeck, en référence à un célèbre coureur automobile connu pour ses défis dangereux et dont le yearbook donne une biographie humoristique ne mettant pas en avant ses qualités académiques mais plutôt son curriculum extra scolaire. Il y est présenté comme la Grenouille référence à sa nationalité mais aussi comme le seigneur et maître de son ami Bob. Léon en a assez de ces extravagances et du jeu de carte.

georgeTheRUBY

C’est peut-être à cette période qu’il est décidé que Georges rentrera dès qu’il aura obtenu son diplôme et si possible avant pour le couper de cette ambiance bohème si éloignée de ce que Léon avait connu dans son école d’ingénieur.

Ce monde devenait fou. Il faudrait s’y adapter. Tous ces soldats américains et anglais seraient de bon clients pour la mode française et Emmanuel comptait bien faire des affaires, il avait assez attendu.

Berthe pestait contre tout, le seul signe de normalité dans leur vie.Emmanuel souriait en coin en tirant sur son cigare et observant sa femme emballer avec une aide leurs affaires pour la traversée.Renée et Alice étaient venues prêter main forte à Berthe et servir de punching ball à ses humeurs. On se serait cru à Lisbonne la plage en moins.

Berthe Schwab

Berthe Schwab

 

 

 

 

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  1. Quelle énergie dans cette famille, vous avez de qui tenir.
    Comment avez-vous retrouvé des détails aussi précis, on vous a raconté?
    J’ai découvert il n’y a pas longtemps cher Léon, c’est très bien écrit on s’attache aux personnages et on a envie d’en savoir plus.
    Merci Manuela de nous faire partager ces beaux moments de lecture.