Cher Léon
Cher Léon
Par Manuela Wyler
Aperçu du livre
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17 avril 2015 : South Orange un matin dans le New-Jersey

Cher Léon , Cher Grand-Papa,

Avant de repartir en Amérique dans un enregistrement audio je pose quelques mots sur cet écran pour toi.

Ce matin il était tôt, il était à peine aujourd’hui, lorsque j’ai fini ma nuit. Il va falloir que j’en parle à mes médecins de ce rythme qui se décale de plus en plus. A peine quatre heures de sommeil et encore pas d’une traite, dire que je prends des somnifères pour mettre mon cerveau au repos, il fait de la résistance ça c’est sûr. Ces insomnies me font penser à Oliver Sacks et à l’éveil, drôle d’idées.Mais ça ne m’inquiète pas  cette envie de vivre chaque minute, c’est juste gênant que les autres dorment je ne peux pas faire de bruit, et le matin il y a du bruit dans les maisons où les gens se lèvent. Bref je ne dors presque plus.

Je reprends Grand-Papa, j’ai numérisé des photos , celles d’un vieil album un album de 1953 à 1958, un album sans moi, celui de mes deux frères et des cousins plus grands. il y a des photos de toi avec tes descendants, les deux aînés d’abord ma cousine Adèle et puis mon frère aîné, Didier nouveau né, Didier dans le landau, le même marchant et à cheval faisant de la voltige à Deauville, suivi du cadet, né bronzé comme un séfarade qui a passé la journée à la plage.

Emmanuel était déjà parti quand mon frère est arrivé, il porte son prénom en second en souvenir de lui. J’ai donné à l’aîné de mes fils le même prénom en troisième, il en a quatre  en français plus un en hébreu, je ne suis pas avare sur les noms. Le nom que l’on porte aide à se construire alors je mets des briques pour bien consolider l’édifice. Maman m’a donné Alice en second et Papa le nom de sa mère en troisième Aimée. Je les ai bien porté, par contre le nom qu’il a acheté sur une liste avant ma naissance pour gommer le sien trop polonais, trop juif, ce nom là je n’en ai pas voulu, jamais. J’ai toujours été la petite fille de mes grands-pères et plus tard , assez vite j’ai pris le nom de mon mari , un bon nom aussi.

Je me souviens du jour où je t’ai présenté celui allait devenir mon mari pour la vie. Tu as été surpris par mon choix: un garçon si convenable, dont tu connaissais la famille. Un garçon qui avait un métier. Un garçon qui était déjà un homme, tu l’as autorisé à te tutoyer et à t’appeler Léon. Je savais ce que cela représentait pour toi, alors je t’ai embrassé sur ta joue bien rasée et bien crèmée. Tu vois grand-Papa un bon nom ça ne s’achète pas , ça se donne et ça se partage.

Voilà on repart en Amérique, ça dure 7 minutes tu verras ça passe vite 7 minutes à South Orange un matin

 

 

 

 

5 Commentaires

  1. Pascale

    17 avril 2016 - 5 h 58 min
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    Bonjours Manuela
    J’ai entendu ton sourire dans ta voix
    Merci <3

    • Cher Léon

      17 avril 2016 - 6 h 32 min
      Reply

      je suis bon public avec moi-même

  2. Pascale

    17 avril 2016 - 6 h 40 min
    Reply

    😉

  3. lina

    17 avril 2016 - 8 h 31 min
    Reply

    merci pour cette histoire que je lis avec attention depuis … l’anniversaire d’Alice §

  4. Aude

    17 avril 2016 - 10 h 05 min
    Reply

    Bonjour,
    sans nouvelles depuis le 31 décembre, je vous ai retrouvée le 27 mars et depuis chaque jour je lis (et écoute maintenant) avec bonheur l’histoire de Léon, Addy, Lizzie… et la vôtre! Merci tout simplement.

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