Cher Léon
Cher Léon
Par Manuela Wyler
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18 mars : Pendant que je vole

Cher Grand Papa,

J’ai dû retarder l’envoi de cette lettre que j’avais écrite au brouillon dans un aéroport en allant rendre visite au plus jeune de mes petits-fils, il est le fils de ma fille aînée, celle que tu as connue. Le retard n’a rien à voir avec le vol mais avec ma santé, mais ce n’est pas de ça que je voulais te parler ici. Toi qui a été à la pointe de l’introduction de l’informatique dans le commerce distribution en France avec les systèmes IBM, tu aurais adoré Internet et ce que cela nous procure en rapidité de moyens d’informations. Tout ou presque est à portée de clavier. Un peu plus de dix ans après ta mort, Internet est arrivé dans nos vies et aujourd’hui en 2016, nous en sommes parfois devenus des esclaves. Mais ça c’est un autre débat. Le pire c’est que la vieille Rémington à ruban d’encre noir et rouge est redevenue à la mode pour une certaine catégorie de clients, je n’imagine pas par contre le retour de la caisse enregistreuse de taille XXL qui trônait au quatrième étage du magasin sous la surveillance de Mlle Cécile, qui gardait trace de chaque transaction.

Revenons à ma recherche et à Internet, cher Léon. Au début des années 90 je me suis abonnée à un des premiers services qui était disponible, c’était basé sur les lignes téléphoniques et avec un ordinateur personnel de taille réduite, un modem, une ligne de téléphone et un portefeuille bien rempli tu pouvais te connecter au monde entier (enfin celui qui était équipé). Rapidement sur les sites et forums de généalogie juive j’ai fait la connaissance d’un nos cousins éloignés, un peu par la cuisse gauche mais un cousin quand même. La branche allemande, il s’appelait René Armand Dreifuss, mais ça n’est pas par sa famille paternelle que nous étions exclusivement cousin, en remontant nos arbres respectifs, en échangeant nos données informatiques nous avons trouvés plus de liens de cousinages que prévus. Juifs d’Alsace et de la vallée du Rhin tous cousins. Le lien qui nous unissait outre des histoires familiales proches remontait au Rabbin David Kahn, mort en 1670 à Ribeauvillé donc un cousin éloigné dont le cousinage pour nous passait par Ady mais aussi par ta maman, Berthe.

René habitait au Brésil et y était connu comme professeur de sciences politiques, il était un expert dans plein de domaines et son expérience dans la résistance aux juntes militaires qui avait sévi sur ce continent n’était pas étrangère à son expertise pour l’analyse de la propagande et d’autres sujets où les pouvoirs étaient les enjeux. René était un homme exquis et brillant.

Son père Max n’avait pas fui l’Allemagne, et lorsque les juifs de Bade ont été informés d’une arrestation imminente, il était trop tard, il a attendu trop longtemps, pas comme toi cher Léon.

Max et Irma Dreifuss mariés en 1937 pensaient depuis 1938 qu’ils n’avaient plus d’avenir en Allemagne. Abraham Dreifuss, père de Max avait été arrêté en 1938 et interné à Dachau. Il y était mort le 22 novembre après la Nuit de Cristal.

Deux ans plus tard, en novembre 1940, le couple après bien des démarches devait partir en Amérique du Sud. Quelques semaines avant leur départ, ils furent pris dans les rafles organisées au pays de Bade et déportés à Gurs. Seule l’intervention du Secrétaire Général de la République d’Uruguay à Vichy permit au couple de quitter Gurs au printemps 1941. Il récupéra au Consulat Général d’Uruguay à Hambourg leur dossier d’émigration et les fit sortir du camp.

René était né en 1945 à Montevideo où son père avait fini par trouver refuge, la famille y resta.

Lorsqu’il me rendit visite au début de l’année 2000 nous correspondions déjà depuis longtemps, il venait donner une conférence en Europe et je l’ai naturellement invité à venir me voir et à séjourner à la maison. C’était un cousin. Je me suis retrouvée à l’aéroport de Lyon à l’attendre. A l’arrivée de son vol je n’ai eu aucun mal à le reconnaître sans pourtant jamais avoir vu son portrait au préalable. Bien sûr la chemise brésilienne m’a aidée au milieu des costumes cravates des autres passagers. Il ressemblait aussi étonnamment aux frères de ta femme que ce soit oncle Alfred, le seul dont nous étions proche où aux autres dont j’ai des portraits.

Cette rencontre et nos interminables discussions lors de son séjour a scellé une belle amitié et lorsque en 2001 après le décès de sa mère il a découvert en rangeant les affaires d’Irma dans la maison familiale, il m’a écrit.  Cette boite contenait des documents sur Gurs et un récit de son père Max sur son arrestation et sa déportation en France. J’ai à ce moment là, commencé à l’aider à reconstituer l’itinéraire de ses parents à partir des archives de police françaises et j’y suis arrivée.

Pourquoi je t’écris cela grand-papa, parce que mon cher cousin René est mort en 2009 d’un cancer qui avait trouvé judicieux de se promener et élire domicile dans son brillant cerveau. Lorsque j’ai commencé cette lettre je ne savais pas encore mais je me doutais un peu que le mien de cancer avait aussi décidé de s’y promener. J’en ai eu la confirmation mercredi. Voilà encore un point commun avec mon cousin par la cuisse gauche et le lobe droit. Des  fois on fait de drôles d’associations d’idée en écrivant à son grand-père mort depuis plus de trente cinq ans.

Je t’embrasse grand-papa, je reviens vite te raconter la suite.

En attendant en cadeau bonus je te donne l’histoire de Max Dreifuss telle qu’il l’a notée et qu’Irma l’a conservée pour son fils et tu vois sur la photo en début de cette lettre le portrait d’Abraham un vrai Dreifuss avec ou sans Y on dirait un genre d’Oncle Alfred non ?

Camp de Gurs, ce nom, pour le peu de nous qui connaissaient ce nom avant le 22 Octobre 1940, devrait être associé à une tragédie démesurément atroce. …..
22 Octobre 1940. Les jours de fêtes juives les plus importantes étaient passées. Mon épouse et moi venions de recevoir depuis peu, après de longs efforts, nos papiers pour partir en Amérique du Sud.
Le 20 octobre 1940 nous nous sommes rendus à Karlsruhe auprès d’une association d’aide pour avertir nos parents à l’étranger et pour que nos places de bateau soient bien réservées pour novembre. Lorsque toutes les formalités furent accomplies, nous nous rendîmes, soulagés, vers la petite ville voisine d’Ettlingen, pour passer la nuit chez les parents de ma femme avant de nous rendre à notre logement de Freiburg. Mais tout se passa différemment.
Mardi matin le 22 Octobre. Nous étions en train de prendre le petit déjeuner. Nous entendîmes devant notre maison des bruits de bottes et tout de suite après, on frappa à la porte. A notre « Entrez ! » six gendarmes pénétrèrent les uns derrière les autres, et se plantèrent devant nous et nous leur demandâmes ce qu’ils désiraient. Leur réponse nous ouvrit, par ces mots, un nouveau destin : « Nous avons une mauvaise nouvelle pour vous, vous devez vous préparer à partir, il faut être prêt dans une heure ». A nos questions : « Où allons-nous ? pourquoi ?» répondait un froncement de sourcils et la réponse stéréotypée : « ordre supérieur ».
Naturellement mon épouse et moi nous opposâmes un refus, en implorant les mains levées au ciel pour qu’ils nous laissent rejoindre notre maison de Freiburg. Mais nos questions et nos plaintes ne servirent à rien. Celui qui dirigeait les Gendarmes déclara seulement « cela ne sert à rien, préparez-vous, dans une heure vous devez être prêt, toutes vos affaires rangées ». En même temps on nous signifia « tous les juifs sont désormais susceptibles d’être transportés ». Chacun devait prendre ce qu’il pouvait porter, et 100 Reich Mark. Surtout nous devions prendre des vêtements chauds et à manger pour trois jours. Les gendarmes restaient là. On préparait les affaires dans l’urgence et la précipitation, on prenait ce qui était à portée de mains. Au bout d’une heure et demie nous avons quitté, sous la surveillance de la police, notre logement Avec un vieux couple d’environ 75 ans nous fûmes conduits au poste de police. Après des heures d’une angoissante attente nous fûmes conduits, dans la soirée, par camion, avec d’autres habitants juifs de la petite ville, vers la gare de Karlsruhe. Là-bas, nous vîmes l’image d’une indescriptible abomination. Des centaines de nos semblables se tenaient dans la rue, vielles femmes en fauteuil roulant, des vieillards avec des baluchons sur le dos, des femmes avec des enfants et de vieux parents, tous s’agitant avec des regards effrayés. Qu’allait-on faire de nous ? Après avoir été tous comptés nous dûmes entrer sur le quai par une entrée secondaire. Dans un train, attendaient déjà nos camarades de croyance de l’arrière-pays badois. A notre montée dans le train, ils nous accueillirent avec des regards chargés d’angoisse.
Après avoir trouvé tant bien que mal une place dans les couloirs, au sol, le train se mit en mouvement direction Freiburg. Nous atteignîmes cette ville à 5 heures du matin, le jour suivant. Là aussi les quais étaient remplis de bagages et de gens chargé de valises. La nouvelle se répandait, nous allions être déportés vers la France. A Breisach nous traversâmes le Rhin. La halte suivante fût Mulhouse en Alsace.

Là, l’argent que nous avions pris fut saisi pour être converti en francs. Les policiers en nous menaçant d’être exécutés, nous signifièrent que tout argent supplémentaire et tous les bijoux en or et en argent devaient leur être donnés. Au même moment, une lueur d’espérance apparut, on nous servit une bonne soupe avec du pain pour chacun, à volonté.

Après une demi-heure le train se mit en marche accompagné de peloton de surveillance en direction de la frontière française. Nous traversâmes la vallée du Rhône jusqu’à la ligne de démarcation que nous avons franchi au matin du 24 octobre. Nous pûmes constater que la surveillance allemande avait laissé la place à la surveillance française. Avec ce changement s’interrompit l’ordre incessant de fermer les fenêtres et les pas pour nous toujours plus effrayants des soldats allemands. Par Lyon, Nîmes, Toulouse etc. nous nous dirigeâmes vers l’ouest des Pyrénées. Enfin, après trois jours et nuits d’un voyage sans soin et sans assez d’eau potable, le train de la malchance s’arrêta dans une gare de nous inconnue : Oloron Sainte Marie.

« Tous le monde descend ! » . Nous rassemblâmes nos affaires puis nous descendîmes, il pleuvait des cordes et nous dûmes attendre devant la gare jusqu’à ce que tout le monde soit à peu près en ordre. Les gardes mobiles français avec des camions ouverts et fermés nous attendaient. La montée dans des camions inaccessibles débuta aussitôt, vieilles mamies, vieillards et enfants tout fût jeté comme des paquets dans les camions. Couchés, assis, debout dans des camions, cela dura environ 14 km sous l’orage et la pluie battante. Tout notre courage s’effondrait. Que nous réserve-t-on ? Où nous conduit-on ? Sur chaque visage on pouvait lire l’indicible « maintenant tout est fini ! ».

Là, après un virage dans cet environnement montagneux, apparut à nos yeux un camp avec d’innombrables baraques (camp de Gurs). Nous nous demandions quel genre de camp de travail ce devait être. Soudain on ordonna : « Les hommes descendez ! les hommes uniquement ! ». Ma femme et moi nous nous regardions en cherchant de l’aide. A peine descendu, le camion chargé des femmes se mit en marche. Nous les hommes étions debout sous la pluie battante, devant nous à gauche et à droite des baraques entourées de barbelés. Les gardes mobiles nous conduisirent derrière les barbelés dans les baraques.

Ce que nous voyions, nous démoralisait encore davantage : il y avait des dortoirs vides comparable à de grandes niches pour chiens, mesurant environ 30 mètres de long et de 4 à 5 mètres de large. Nous devions nous choisir une place et bientôt notre baraque fût remplie d’environ 60 hommes âgés de 20 à 85 ans venant de tous les coins du Pays de Bade et du Palatinat. Peu à peu se remplissaient les 25 baraques avec des êtres humains qui, il y a encore trois jours, vivaient tranquillement chez eux. Nous étions internés. Se plaindre ne servait à rien, nous nous rendîmes tout de suite compte qu’à partir de maintenant, seul le travail et notre vie en communauté pouvait nous sauver.

Qu’est-ce-que le camp de Gurs ? Des baraquements composés de 14 îlots de 27 baraques chacun. Chaque baraque contenant 60 personnes serrées les unes contre les autres. Les baraques se trouvent en rase campagne, construites sur de la terre glaise et entourées d’un environnement montagneux. Environ trente kilomètres plus loin, au sud, s’étend la chaîne des Pyrénées avec des sommets enneigés. Ici était notre nouveau domicile, comme des animaux placés derrière des barbelés.

Le lendemain sur ordre du commandement du camp, une direction fût mise en place pour chaque îlot et composée des détenus. Cette direction d’îlot avait seule le droit de faire part au commandement des requêtes émises. Il manquait de tout, des matelas, des couvertures, des traversins, et surtout dans les cuisines des îlots, il n’y avait pas de cuisinières, il n’y avait rien seulement d’immenses baraques que les cinglantes tempêtes de Biscaye traversaient.

La boue de glaise collante arrivait à hauteur de cheville. On s’y enfonçait en sortant des baraques et certains de nos compagnons d’infortune devaient être tirés de cette boue lorsqu’ils n’étaient pas en mesure de s’en sortir tous seuls. Les quelques habits que nous possédions s’usaient d’autant plus.

Dans le camp, voici l’alimentation : matin café, midi soupe, le soir thé ou café et de temps en temps soupe aux vermicelles. Pendant des mois, ce fut notre ration quotidienne. De plus, pour sept détenus, étaient distribués à peu près 2 kg ½ de pain par jour. Aussi longtemps que chacun eut encore des provisions tout se passa bien. Ensuite la disette s’installa Chacun put mesurer ce que signifie la prière à Dieu « Donne nous aujourd’hui le pain de ce jour ». Chaque miette, que ce soit de pain, de fromage, ou d’autre chose, même si elle était tombée dans la boue, était nettoyée avec soin puis mangée ou conservée.

Où étaient passés les femmes et les enfants ? Nous savions qu’ils se trouvaient aussi dans des baraques que nous espérions en meilleur état, mais notre déception fut grande. Lorsque les premiers de notre îlot visitèrent les baraques des femmes, un profond désarroi nous prit car leurs conditions étaient pires : les îlots de femmes étaient encore plus sales et les baraques encore moins bien. Femmes et enfants étaient à peine capables de traverser l’épaisse couche de boue. Salis, avec des visages aux traits cernés, je revis pour la première fois des parents et des amis.

Nous ne pouvions parler à nos femmes seulement derrière des barbelés, surveillés par des gardes mobiles, pendant cinq minutes, dix minutes maximums, puis un coup de sifflet strident et nous étions chassés sans ménagement. C’était notre au revoir. Chaque jour amenait de nouvelles recommandations, de nouveaux ordres, mais aucune amélioration de notre condition humaine. Dans notre îlot, des officiers français effectuaient un appel chaque matin à huit heures, mais par chance, après quelques minutes c’était terminé. Dans l’ensemble on peut accorder aux pelotons de surveillance française une certaine compréhension de notre situation.

La direction de l’îlot décida d’une sorte de règlement intérieur dictatorial pour prévenir des maladies en composant avec le manque d’installation sanitaire. Mais un jour notre moral fut sapé par la rumeur selon laquelle d’autres îlots étaient contaminés par une épidémie. Nous étions appelés pour les premiers enterrements et bientôt il devait naître une nouvelle Communauté juive, mais une communauté de la mort pour laquelle fut mise en place un cimetière sur la commune de Gurs. Jours après jours, le nombre d’enterrements augmenta. Certains jours il y avait 13, 17 même jusqu’à 21 inhumations.

Ce qu’il s’y est joué en tristesse et désespoir humain ne peut être mesuré que par celui qui l’a vécu lui-même. Il arriva que l’on apprit sur la tombe d’un proche, lors de ces enterrements massifs, que d’autres parents allaient être aussi être inhumés. Des parents âgés perdirent leur descendance, des enfants devinrent orphelins. 800 à 1000 Juifs du Pays de Bade et du Palatinat regagnèrent leur dernière demeure dans des assemblages hâtifs de planches qui comportaient de larges fentes, loin de leur ancienne patrie. Il n’y avait bientôt plus de baraques où une ou plusieurs personnes ne disaient la prière Kaddish pour un proche. Mi-janvier l’épidémie baissa d’intensité et la mortalité diminua à nouveau.

Malgré cela, dans tout cet apitoiement, on trouvait le courage et l’énergie pour se redresser. Lorsque l’on vit que notre détention allait durer, des baraques scolaires furent aménagées pour que les enfants suivent une éducation. Des enseignants bénévoles instruisaient, sans livre, aussi bien que possible. En même temps, les autorités du camp permirent aux enfants des sorties journalières dans les environs du camp. C’était pour nous, derrière les barbelés, une joie de voir les enfants marcher dans les rues du camp chantant leurs chansons. Avec le temps, on aménagea aussi une baraque de la culture, dans laquelle on parlait politique, judaïsme, économie, etc. pour rendre notre existence plus supportable. La fête de hanoukka fut débutée dignement et quelques fêtes amenant de la joie comme les anniversaires et les noces d’or.

Deux Bar-Miztva furent célébrées dans des conditions inhabituelles. Il y avait aussi des baraques pour malades ; lorsque j’ai pénétré la première fois dans celle de notre îlot, j’ai été tellement ébranlé par son état misérable que je ne pouvais me calmer. Les malades gisaient avec leurs habits, manteaux, chapeaux et bonnets sur la tête, sur des châssis en bois, renforcés par des fils métalliques et recouverts de paille. Pitoyables, ils avaient besoin d’aide, de médicaments et de remèdes qui ne pouvaient leur être accordés que peu ou pas du tout. Chaque patient se rendait avec répugnance dans cette baraque appelée infirmerie.

Le travail dévoué des médecins et des infirmières ne doit pas être oublié. Dans ces conditions primitives, ils s’engageaient bénévolement jour et nuit et soulageaient tant de douleurs. Il faut remercier l’énergie obstinée de ces hommes et également celle des comités d’aide qui, en procurant des médicaments, des couvertures, de la nourriture, permirent une réorganisation de l’infirmerie.

Avec le temps arrivèrent les premiers colis qui contenaient des cadeaux et de l’argent. Ceux qui en recevaient pouvaient se procurer les articles de première nécessité à la cantine de l’îlot qui s’était entre temps créée. Dans les autres îlots, se trouvaient des réfugiés espagnols qui nous procuraient de la nourriture à des prix d’ailleurs pratiquement inabordables. Seul un petit nombre pouvait s’approvisionner à cette source. Après un certain temps, cette aide fut interrompue à cause du rationnement qui se mit en place en France. Au lieu de cela, nous reçûmes dans nos baraques une invasion de rats et de souris. A mon départ du camp de Gurs beaucoup de détenus m’ont demandé, au cas où j’arriverais outre-Atlantique, de ne pas les abandonner et d’alerter les comités d’aide de la situation épouvantable qui régnait dans le camp. Chaque somme d’argent, chaque paquet apporte un souffle, une lueur d’espérance à ceux qui sont encore à Gurs ou dans d’autres camps et c’est un devoir pour celui qui a un parent ou un proche qu’il connaît, de l’aider avant qu’il ne soit trop tard.
Max Dreifuss

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