Cher Léon
Cher Léon
Par Manuela Wyler
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22 avril 2016 : Camille le médecin de famille de France

Cher Grand-Papa, Cher Léon

Nous sommes à nouveau en 1943, je tourne les papiers et les lettres qui annoncent un autre déménagement et de nouveaux changements. Ta chère Addy est bien malade et les médecins ne sont pas optimistes, Camille qui a enfin obtenu le droit d’exercer en Amérique l’adresse à de nouveaux spécialistes et pourtant aucun espoir, son coeur et ses poumons sont défaillants, à votre époque pas de pile pour stimuler électriquement le coeur, elle s’oxygène mal et est réduite à un périmètre de vie restreint. Je connais ce sentiment d’être en vie, mais diminuée. En vie mais restreinte dans mes activités, en vie mais inquiète pour mes enfants et pour mon mari. En vie, juste en vie, encore un peu en vie.

Les enfants sont casés pour la rentrée, Alice ira à New York dans la toute nouvelle Berkeley School  qui enseigne aux jeunes filles l’administration des entreprises. Lizzie rejoindra sa cousine Myriam dans une middle school dont je n’ai jamais réussi à trouver le nom et Jojo restera en Pennsylvanie pour préparer son entrée au College il a encore un an de High School à terminer si tout va bien  et qu’il cesse d’être dissipé.

Oncle Camille passe de plus en plus de temps au 21 W de la douzième rue, au siège de l’école Libre des Hautes études, il met au point un programme de formations d’infirmières et s’entretient passionnément avec Jacques Maritain et Henri Seyrig.

Ce dernier lors de la mort de Camille écrira ce témoignage à propos de leurs liens d’amitiés et de qui les unissait.

Camille navigue entre ses obligations à l’hôpital, ses consultations de ville, la famille qui a besin de lui et Alice qui s’enferme dans des comportements psychotiques inquiétants mais qui disparaissent aussi vite qu’ils arrivent. Elle a découpé méthodiquement un manteau de fourrure en petites formes aux ciseaux, puis s’en est excusée, désemparée par ses propres pulsions. Alice est bien malheureuse et rien ne semble l’améliorer, un médecin observe que les moindres stress déclenchent des crises, en ces temps de guerre il est difficile de la préserver des informations.

Albert, le frère de Camille a donné des nouvelles, ils sont en zone italienne vars Aix les Bains, ils ont quitté Nîmes avec les Dukase et Jean est à l’école. Irène, la fille de Gaston et Alice Dukase aurait rejoint un groupe de éclaireurs Israélites en charge de cacher les enfants avec l’aide de l’OSE. Toutes ces informations arrivent par la Suisse par un circuit que Camille ignore, mais au moins il y a des nouvelles codées mais ce sont de bonnes nouvelles.

Quand en septembre 1943 la nouvelle de l’invasion de la zone italienne par les troupes du Reich survient, l’inquiétude grandit dans la communauté française et dans la famille. Mais Camille n’en laisse rien paraître.

Il continue ses folles journées sans se plaindre.

De tous les portraits et témoignages à propos de Camille médecin, il en est u, cher Léon, que j’apprécie plus que d’autres celui de Claude Levi-Strauss qui décrit mieux que personne l’empathie et l’intelligence de Camille envers ses malades:

Voilà grand-Papa, j’atteins la fin de ma lettre du matin, je t’embrasse et qui sait peut-être à ce soir.

Manuela

 

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