Cher Léon
Cher Léon
Par Manuela Wyler
Aperçu du livre
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7 mai 2016 Alice in wonderland : le lieu des douleurs

“It’s no use going back to yesterday, because I was a different person then.”

Alice in wonderland, Lewis Carrol

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Dans l’État de New York, il y a une ville appelée Dover. A Dover est un hameau connu sous le nom de  Wingdale, où se trouve les ruines du centre psychiatrique de Harlem Valley. A l’origine destiné à être un établissement correctionnel, la prison de Wingdale, les plaintes de la population locale a causé les bâtiments en construction à réorientés comme un hôpital d’Etat. Il a ouvert ses portes en 1924; à son apogée au milieu des années 1950, ses 800 acres contenant 80 bâtiments, 5.000 employés, et plus de 5000 patients. Avec ses environs pittoresques et des bâtiments en briques, l’installation était étrangement pittoresque; elle avait son propre terrain de baseball et une tribune, une boulangerie, une piste de bowling, un terrain de golf, une des plus grandes fermes laitières de l’État de New York, et même un magasin de crème glacée. Mais il y a aussi un côté plus sombre de l’histoire, le reflet de l’état des soins de santé mentale à l’époque: Dans les années 1930, Harlem Valley est devenu le premier asile aux États-Unis à ‘utiliser la thérapie de choc à l’insuline; il a également joué un rôle important dans l’introduction de la thérapie par électrochocs dans les années 40, ainsi que de la lobotomie préfrontale.

C’est probablement dans cet établissement que notre Alice s’est retrouvée un été pas comme les autres. Situé à une heure de Scarsdale, elle a pu y consulter un élève de Sackel.

Les cures de Sakel ont été une technique de soins de la psychose au cours du xxe siècle, avant que des médicaments efficaces, comme les neuroleptiques, ne soient utilisés
Les cures de Sakel, du nom du psychiatre Manfred Sakel (1900-1957) consistaient en des comas insuliniques provoqués par injection (réalisant une hypoglycémie profonde), suivis d’un re-sucrage progressif dans un contexte de maternage réalisé par un infirmier. Le but recherché était une dissolution temporaire de la conscience, et on estimait qu’à la phase de réveil le sujet était apaisé et psychiquement disponible pour des interventions psychothérapiques.
Historiquement, on peut relier ces thérapeutiques aux thérapies dites « de choc » appliquées aux malades mentaux depuis le xvie siècle, et dont la sismothérapie constitue le dernier avatar.

Notre pauvre Alice fit les frais de ses thérapies hasardeuses, selon Lizzie qui en parlait difficilement. Témoin indirect elle avait dû recueillir les confidences de sa soeur quelques années après les soins.

 

“Have i gone mad?
im afraid so, but let me tell you something, the best people usualy are.”

― Lewis Carroll, Alice in Wonderland

Alice, la nôtre s’est donc retrouvée chaque été pendant trois ou quatre ans hospitalisée pour ses cures puis a repris sa vie d’avant, retournant au lycée, s’intégrant aux groupes de la Columbia High School, devenant responsable de certaines activités, participant aux événements importants de l’école et plus tard reprenant une vie sociale normale, allant danser avec les jeunes gens, donnant des cours de français et faisant tant d’autres choses. Néanmoins on peut s’interroger sur le bien fondé de son suivi psychiatrique et de l’offre thérapeutique qui lui était imposée. D’une violence rare les cures de Sackel, lui faisaient prendre du poids et sa mère n’avait de cesse que ded lui faire perdre les mois suivants sont retour. Les photos attestent de ses changements de physionomie au cours des années 41-44.

Peu de lettres parlent d’elles, encore moins portent son écriture.

Il faudra attendre la libération de la France et  les allers – retours entre les deux continents des membres de la famille pour avoir plus de nouvelles d’Alice. je ne peux qu’imaginer sa détresse chaque étéà l’approche de la date fatidique d’entrée dans l’établissement de soins. Elle savait ce qui l’attendant et devait se rebeller. Je ne peux imaginer les discussions entre Léon et Addy et Camille qui avait dû proposer les cures de Sackel ou présenter le prescripteur à la famille. Quelle responsabilité écrasante que de supposer que de ces traitements allaient apaiser les angoisses légitimes de la jeune fille.

Sa force lui permit de survivre aux cures et de maintenir une apparence de vie sociale normale pendant les sept années où elle vécut encore. En manque d’amour, retranchée dans ses angoisses et dans les silences nous avons appris par le témoignage de Tante Renée quelques épisodes de psychoses qui ont dû conforter la famille dans le maintien du programme de soin. Avec l’invention des neuroleptiques en 1953 notre Alice aurait pu .. mais avec des si et des mais on réécrirait l’histoire et Alice aurait eu une vie mais la sienne s’est arrêtée à l’automne de 1948.

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Sakel versus Alice , un combat inégal

“I’m afraid I can’t explain myself, sir. Because I am not myself, you see?”

― Lewis Carroll, Alice in Wonderland

Le raisonnement de Sakel en utilisant l’insuline était la suivante: «Ma supposition est que certains agents nocifs affaiblit la résilience et le métabolisme des cellules nerveuses … une diminution de la dépense d’énergie de la cellule, qui est dans l’invocation d’une mise en veille prolongée mineur ou plus en elle, en bloquant la cellule de l’insuline forcera à économiser l’énergie fonctionnelle et la stocker à être disponible pour le renforcement de la cellule « .

Sakel a découvert par hasard, en provoquant des convulsions par une overdose d’insuline, que le traitement a été efficace chez les patients souffrant de psychoses, en particulier la schizophrénie. En 1930, il a commencé à la perfection ce qui allait devenir la «Technique de Sakel » pour traiter les schizophrènes, d’abord à Vienne, à la clinique universitaire neuropsychiatrique, et après 1934, aux États-Unis. La communication officielle de sa technique a été faite en septembre 1933, et a été reçu avec enthousiasme. Jusque-là, aucun traitement biologique pour la schizophrénie était disponible. L’approche de Sakel était une méthode physiologique pratique et réalisable pour attaquer cette maladie mentale la plus débilitante et cruel. Ce devait être l’une des contributions les plus importantes jamais à apporter à la psychiatrie.

Selon ses conclusions, plus de 70% de ses patients améliorés après une thérapie de choc à l’insuline. Deux grandes études menées aux États-Unis en 1939 et 1942 lui a donné la gloire et ont aidé à sa technique de se propager rapidement à travers le monde. Selon l’étude 1939, publié pour l’American Psychiatric Association par John R. Ross et Benjamin Malzberg, entre 1757 cas de schizophrénie traités par une thérapie de choc à l’insuline, 11% avaient un prompt rétablissement et le total, 26,5% ont été grandement améliorée et 26% avaient une certaine amélioration. La deuxième étude, réalisée à l’hôpital de Pennsylvanie, avait un taux de 63% d’amélioration, avec 42% des patients encore bien après deux ans de suivi.

L’enthousiasme initial a été suivi par une diminution de l’utilisation de la thérapie d’insuline dans le coma, après que d’autres études contrôlées aient montré que le véritable objectif n’a pas été atteint et que des améliorations ont été de nombreuses fois temporaire. Cependant, étant donné que la méthode de Sakel est la plus douce et moins nocive de toutes les techniques somatiques, elle était encore en usage dans de nombreux pays jusqu’à récemment.

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