Cher Léon
Cher Léon
Par Manuela Wyler
Aperçu du livre
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Glissade

Une petite histoire que vous pouvez terminer en ajoutant votre contribution dans les commentaires.

La petite fille ne devait pas avoir bien plus de deux ans, elle escalada sans difficulté les marches de l’échelle du petit toboggan et se tint debout au sommet, vérifiant que sa mère, assise sur le banc, l’avait vue. Elle savait qu’elle n’avait pas le droit de se jeter sur la pente dans cette position.

La mère l’appela par son prénom et la fillette se mit aussitôt à genoux, regarda encore sa mère qui lui dit non et l’enfant s’allongea la tête la première les bras en avant prête à descendre. La mère se leva et l’enfant se lança sur la piste lisse du toboggan, elle se reçut sur les mains et à plat ventre sur le tas de sable elle rit.

La mère frotta le sable de ses vêtements et lui parla doucement sans aucune forme de reproche. Je n’entendis pas la conversation mais l’expression du visage de la mère était douce et bienveillante.

Depuis mon banc j’observais le manège du duo depuis un bon moment et admirai les ressources imaginatives de l’enfant qui testait toutes les positions de glissades sans peur et le calme de sa mère.

Le tas de sable de réception était moelleux à en juger par les traces de pas laissées par la mère et par les fesses de la petite.

L’enfant couru vers l’échelle et recommença son manège debout, à genoux, assise et pour une fois elle choisit la position classique pour s’élancer. Elle avait croisé ses bras sur sa poitrine et souriait en atterrissant sur le sable, contente de sa glissade.

Là elle décida que ce jeu avait assez duré et se dirigea vers un ensemble de balançoires métalliques doubles. Elle appela sa mère pour qu’elle l’aide à se balancer après s’être installée toute seule. La mère arriva et l’enfant fit mine de se lever pour rester debout entre les deux sièges. A nouveau la mère dit non, l’enfant obéit et se rassit.

La mère poussa la balançoire et l’enfant demanda plus fort.

Je ne pouvais m’empêcher de les regarder.

Un groupe de garçonnets un peu plus âgé déboula d’on ne sait où et perturba la scène. Je refermai mon journal et le rangeai dans mon sac. Je pris ma canne et me levai pour reprendre le cours de ma promenade à pas lents.

Je passais à proximité du banc où la mère et l’enfant étaient assises l’une à côté de l’autre, l’enfant mangeait maintenant un gâteau et la mère rangeait sous la poussette les jeux de sables en les secouant préalablement. Je les saluai d’un au revoir à mi-voix et m’éloignait. L’enfant répondit au revoir Madame en articulant chaque syllabe distinctement. Puis elle demanda à sa mère si j’avais mal en me voyant boiter. La mère expliqua que j’avais peut-être mal à une jambe et que c’était pour ça que j’avais une canne pour marcher. Je me retournai et fit un petit signe de la main.

Cela faisait quelques semaines que je les voyais lors de ma promenade et que je profitais des bancs de l’aire de jeux du parc pour reprendre mon souffle avant de rentrer. La mère était toujours calme et l’enfant espiègle s’amusait sans faire trop de bruit.

C’est à ce moment-là que le cycliste m’a percuté m’envoyant au sol face contre terre.

Après je ne me souviens plus de ce qu’il s’est passé.

Le policier qui était assis au pied de mon lit d’hôpital avait écouté mon témoignage et enregistré sur un dictaphone. Il me dit de me reposer et de ne pas m’inquiéter qu’ils allaient retrouver le responsable de mon accident et me demanda si je voulais porter plainte. Je refusai son offre, cette chute et ses conséquences sur ma santé étaient infimes. Après tout j’étais en train de mourir d’un cancer et je boitai à cause d’une métastase de mon cancer dans ma boite crânienne. Mes éraflures et bleus n’étaient pas graves et s’il n’y avait pas eu cette petite perte de mémoire j’aurais pu éviter les urgences pour cette fin de journée.

Une fois le policier en uniforme parti un interne vint me voir et me dit que j’étais autorisée à rentrer si quelqu’un venait me chercher. Une infirmière vint m’aider à m’habiller, je fis les papiers de sortie et j’appelais un taxi depuis le hall des urgences et lorsqu’il se présenta au portail de l’hôpital, je pris le chemin de mon domicile.

Il me fallut quelques jours pour me remettre de l’incident avant de pouvoir retourner marcher et retrouver mon banc de l’aire de jeux.

 

Vous voulez terminer l’histoire ? Ajouter votre fin dans les commentaires.

 

 

 

 

 

5 Commentaires

  1. Ilocine

    5 juin 2016 - 10 h 47 min
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    Le lendemain, malgré les écorchures qui tiraillaient sa peau un peu partout (mais la douleur ça la connaît), elle retourna s’assoir sur le banc. Quand elle arriva la mère de la petite la regarda et elle vit sur son visage que ces écorchures et ses bleus se voyaient. La mère se leva, s’approcha d’elle avec un regard soucieux et lui demanda gentillement si elle allait bien. Elle la rassura et elles s’assirent côte à côte sur le banc. Curieuse, la petite quitta les balançoires et vint les rejoindre. Toutes les trois firent connaissance. Au bout de quelques minutes la fillette dit qu’elle avait faim. L’occasion était trop belle! Elle les invita chez elle pour déguster le banana cake qu’elle avait préparé à l’aube. Depuis ce jour-là, il y eut deux personnes de plus à avoir la chance de déguster de délicieux gâteaux.
    NB j’aimerais être l’une d’elles!

  2. evelyne

    5 juin 2016 - 11 h 09 min
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    Et je retrouvai la petite fille et sa maman. Cette dernière me fit un petit signe de la mais, tête levée, regard interrogateur et tout à coup je sentis la main de la petite fille sur mon genou… elle me demanda si j’avais mal, où j’habitais et comment je m’appelais; le tout à la queue leu-leu me regardant et caressant mon genou…..

  3. lina

    5 juin 2016 - 19 h 26 min
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    Manuela, Manuela, fais attention à toi !

    Je suis retournée sur mon banc, dans le parc.la petite fille m’a regardé m’asseoir, a lancé d’une voix aiguë « Bonjour madame ». Elle a ensuite grimpé sur le toboggan et a glissé de toutes les façons possibles sous l’œil impavide de sa mère. J’ai refermé mon journal, j’ai pris ma canne pour repartir tranquillement. Un « au revoir madame » m’a accompagné. J’ai entendu la fillette dire « c’est bien, je suis contente, la dame a pu revenir. » je me suis retournée, j’ai fait un petit signe de la main. la fillette a ajouté « à demain ! » . Je lui ai souri et je me suis éloignée.

  4. Babeth

    6 juin 2016 - 21 h 53 min
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    Quand je revins, la mère et sa fille étaient encore là. Mais quelque chose avait changé. La petite jouait toujours, inventant mille et une cascades, mais la mère ne la regardait plus. Assise sur le banc en face de moi, elle lisait et était complètement absorbée par son livre. Intriguée par cet ouvrage qui semblait avoir le pouvoir de changer le cours des choses, je décidai d’en savoir plus à son sujet. Je me levai donc le plus naturellement du monde et fis mine de faire le tour du parc. À cet instant, un cri strident déchira le silence du parc : la petite était tombée. La mère lâcha aussitôt son livre et se précipita vers le toboggan. Je profitai de l’aubaine pour m’approcher le plus rapidement possible du banc sur lequel le livre était resté abandonné. Rapidement, c’est un bien grand mot, parce qu’avec une canne et une méningite ça n’était pas chose aisée. La fillette pleurait, la mère la consolait, personne ne me regardait. Discrètement, je regardai la couverture du livre abandonné. Une rose, un mot anglais, et un mot français que je ne connaissais que trop bien… Mon livre! Vite, fouiller mon sac à la recherche d’un stylo! La mère câlinait la fillette, me tournant le dos. Un rapide gribouillage sur la page de garde, une signature, reprendre ma promenade l’air de rien… ou plutôt l’air de quelqu’un qui vient de faire une bonne blague. En sortant du parc, je passai devant le toboggan. La petite me fit un sourire de connivence, je répondis par un doigt posé sur mes lèvres. Un secret entre elle et moi. Notre petit secret.

  5. tynfen

    18 août 2016 - 12 h 35 min
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    « Jamais un coup de dés n’abolira le hasard » a écrit le très éclairé Mallarmé . Je compris que ma chute accidentelle n’était pas totalement due au hasard ; avoir été l’observatrice silencieuse de ces moments heureux et complices entre cette petite fille espiègle et sa mère aimante ont touché le chèr ennemi de chacun , mon inconscient. Elle se laissait glisser sur le toboggan et tombait volontiers dans le sable , de ses chutes provocatrices et sans danger , elle savait pertinemment que quelqu’un qui l’aimait , viendrait la secourir , la consoler ,la sauver…cet certitude d’amour et de sécurité presqu’insolente , et toute cette vie devant soi , j’ai voulu la vivre moi aussi ; ne serait ce que pour me dire  » moi aussi je vis  » « moi aussi quelqu’un viendra me soigner , me consoler , me sauver « 

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