Cher Léon
Cher Léon
Par Manuela Wyler
Aperçu du livre
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Les gants des Jeanne, une histoire pour les enfants

Les gants des Jeanne, une histoire pour les enfants(aussi)

La maîtresse a toujours des idées bizarres.
Hier elle a demandé qu’on lui raconte notre week- end.
Moi je trouve ça indiscret leurs trucs de vous faire raconter votre vie, pas vous? Quand elle est venue à côté de moi et a dit:
– Alors Sarah tu nous racontes ton week-end?
Moi, je lui ai répondu :
– J’étais au mariage de mes grands-pères?
Elle m’a punie. Sûre qu’elle croyait que je mentais. Ben c’est pas vrai. Je vous raconte du début.
Grand père Max c’est mon papy chéri, grand père Léo c’est mon papy gâteau
Le mercredi quand maman travaille, je vais chez l’un ou chez l’autre, ils se chamaillent tout le temps pour que je vienne chez l’un ou chez l’autre. Mais comme ils ne se parlent pas ils se chamaillent au téléphone avec maman qui sert d’arbitre comme au catch. Elle a trouvé un truc avec une pièce pour choisir chez qui je vais. Elle lance la pièce et selon le côté où la pièce tombe je vais chez l’un ou chez l’autre. Et la semaine suivante on fait le contraire. De temps en temps il faut relancer la pièce parce que Max et Léo ne sont pas d’accord ou parce que maman aime lancer la pièce.
Moi ça m’est égal je les aime pareil mes grands-pères.
Max; il est très grand avec des cheveux gris ; il vit tout seul, dans une maison avec des volets bleus, comme la mer des dauphins du pays où on était en vacances.

Max parle le français, mais il ne le prononce pas comme moi, il vient de loin, d’un pays qui n’existe plus.
Je ne savais pas que ça pouvait disparaître un pays mais lui c’est ce qu’il dit et je le crois, il est si vieux et il sait tellement de choses.

Léo il est plus petit et ses cheveux il les a tous perdus. Il vit dans une maison petite comme pour les poupées, chez lui ça sent toujours bon les gâteaux aux miels et aux épices d’un endroit qu’il appelle « là-bas »; moi je ne sais pas où c’est là-bas. C’est peut être le pays de Max aussi ?

J’ai sept ans et je suis leur seule petite fille, ma maman elle dit que j’ai de la chance d’avoir des grands pères, je ne sais pas pourquoi elle dit ça. Mais les mamans on ne les comprend pas toujours.
Quand je suis chez Max c’est comme dans un musée il y a des vieilles photos en noir et blanc partout. Sur tous les murs des photos dans des cadres dorés ou sous des verres.
Il était photographe quand il était jeune.
Sa femme elle est partie, c’est ce qu’il dit. Moi je crois qu’elle est morte, je ne lui dis pas, sûr que ça lui ferait de la peine et si il préfère dire qu’elle est partie c’est son droit.
Parfois je bâille après avoir mangé des gâteaux, alors de sa grosse voix il dit :
– Petite Sarah est fatiguée. Petite Sarah va dormir?
Alors moi je file sur son grand lit, je m’installe dans ses oreillers, il en a des tas, c’est pour quand il lit ses gros livres. ll lit au lit avec tous ses coussins il en met dans son dos, sous ses bras et même sous le livre. Une montagne de coussins pour lire.
Je sais tout ça parce que des fois je reste dormir pour de vrai chez Max et il m’installe un petit lit de camp au pied du sien. La nuit il ronfle fort, on dirait le bruit des vagues de l’océan.
Mais Max il est champion pour les histoires. Je vous en raconte juste une sinon vous n’allez pas me croire, comme la maîtresse.

– Dans un pays loin, très loin de ce pays, il existe un peuple différent.
– Il est différent comment?
– Ils parlent une drôle de langue…
– Celle là d’histoire, je l’adore.
– Dans ce pays les gens n’ont pas appris à terminer les mots, alors ils inventent la fin des mots comme ça leur chante. Par exemple ils disent:
-J’ai mal à la têta ou bien ce lit est bien mollassonou
– Et alors ?
– Alors un jour que je traversais ce drôlatesque de paysageou.
– Oh Maxou tu me fais rigollasser! J’ai mal au ventripotent.
– Ecoutasse mon historiette petite Sarah; un peu de sérieusette!!

Et Max raconte une histoire.
Je ris tant et tant que mon rire s’envole jusqu’à la maison de grand père Léo.
Léo est peut-être dans sa cuisine il me prépare des gâteaux. Pour demain peut être! Et j’aime manger les gâteaux.
Quand j’ai bien mangé, je lui raconte les histoires de Max.

Léo et Max ne se parlent jamais ils sont fâchés et moi je trouve ça bête comme tout.
Si je leur demande pourquoi ils ne se parlent plus et bien vous voulez savoir leur réponse?
Ils ne s’en souviennent même plus .
Ils sont très vieux c’est pour ça qu’ils oublient tout.
Alors j’ai décidé de les faire redevenir ami, comme ça le mercredi je pourrais les voir tous les deux. On mangerait les gâteaux de Léo et on écouterait les histoires de Max. Ensemble !

Mais moi, j’ai seulement sept ans alors j’ai du mal à trouver l’idée.
Mon copain Théo il n’a pas de grand-pères mais lui il a des grand-mères.
Les mamies de Théo elles sont jolies toujours bien habillées, maquillées, parfumées comme tous les jardins et Théo c’est mon amoureux.
Ensemble on a trouvé l’idée pour réunir mes papys et ses mamies ; nous les petits on leur a organisé un rendez- vous.
Pendant toutes les récréés de la semaine, on a réfléchi dur et on a trouvé.
Sur le grand boulevard il y a un endroit magique avec trente-trois parfums de glace; c’est là qu’on a organisé la rencontre.
J’ai dû demander à maman de m’aider parce qu’il fallait que Max et Léo viennent tous les deux alors ma maman elle leur a donné un rendez-vous là-bas sans leur dire qu’ils se rencontreraient.
Et Théo il a juste expliqué à ses grands-mères que ça serait bien d’aller manger des glaces avec moi, il leur a même dit :
– C’est ma fiancée, mon amour-toujours. Vous devez venir.
Il a insisté :
– Si on est tout seuls ils ne nous serviront pas, ils appelleront la police et on sera séparé, pour toujours.
Théo en fait des tonnes mais ses mamies ont l’habitude.
Bien sûr elles sont gentilles et en plus elles ont compris qu’il exagérait un peu, Théo il ne peut pas faire autrement, il exagère toujours.
Le jour de la rencontre, elles sont arrivées les jolies mamies de Théo. Moi j’étais installée entre Max et Léo
Ils ne se regardaient pas.

Mais quand Théo est venu avec les belles Jeanne, car toutes les deux elles s’appellent Jeanne. C’est drôle non ?
Ils se sont levés tous les deux Max et Léo, ils ont pris les mains des Jeanne et ont délicatement posé leurs lèvres sur les gants des dames. OUI, elles portent des gants très jolis, comme dans le temps m’a dit maman.
Je vous l’avais dit, elles sont élégantes les Jeanne.
Ils se sont présentés et ça bavardait, ça riait. Théo il me faisait des clins d’oeil.
Nous on a mangé une glace énorme avec de la chantilly des cigarettes russes, des pépites de chocolat, un régal; le bonheur.
Max et Léo ils se sont mêmes parlés de leur pays qui avait disparu.
Le soir, quand maman est venue m’embrasser dans mon lit, elle m’a dit que Max et Léo lui avaient téléphoné l’un après l’autre pour lui raconter les charmantes Jeanne de Théo.
Tout ça c’était il y six mois .
Et bien sur ils se sont mariés Max et Jeanne, et, Léo et Jeanne.
Ce samedi, devant Monsieur le Maire, ils se sont dit oui pour la vie.
Oh! non c’est pas comme dans les contes de fées.

Ils sont trop vieux ils n’auront pas beaucoup d’enfants, d’ailleurs ils en ont déjà plein. Chacun les leurs, mais pour Théo et moi cela va nous faire des nouveaux cousins et des nouveaux oncles et des nouvelles tantes. Et moi du coup j’ai des grands-mères. Les Jeanne.
Et oui madame la directrice c’est vrai mon histoire, alors je peux retourner en classe à côté de Théo ?

2 Commentaires

  1. sylvaine

    5 juin 2016 - 12 h 00 min
    Reply

    Super histoire, j’adore ! Merci d’avoir pris le temps de l’écrire <3

  2. DocVéro

    7 juin 2016 - 16 h 08 min
    Reply

    Adorable !
    Je n’ai plus l’âge d’avoir des grands parents mais j’aurais adoré vivre une telle histoire …
    Merci Manuela

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