Cher Léon
Cher Léon
Par Manuela Wyler
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19 avril 2016 : Catskills juillet 42 et de Gaulle

Cher Grand -Papa, Cher Léon

Pendant que vous étiez dans cet hôtel Paquebot dans les Catskills en weekend avec Berthe, Emmanuel et Renée et Camille pour que Addy prenne le bon air, il faut que je relate deux événements qui ont marqué Alice et les enfants.

En 1942 Alice avait seize ans et commençait à sortir, cela faisait déjà un an qu’elle était traitée pour cette « maladie » de son âme, ses angoisses ; qui n’en aurait pas eu avec une vie pareille dans une période aussi troublée et que dire du viol de Lisbonne.

Bref elle était internée en hôpital psychiatrique pour des cures où on la gavait de sucre pour déclencher des taux d’insuline qu’on bloquait si j’ai bien compris et après on lui administrait un sédatif et des électrochocs. je n’ai pas eu le temps d’étudier cette barbarie toujours est-il que la seule chose qui importait était qu’elle reperde le poids pris pendant la cuire et que ses angoisses diminuent. Elle perdit le poids mais sa maladie devant la barbarie des traitements s’aggrava. Tout cela était en partie de votre faute et des bons conseils d’Oncle Camille, quelle époque. elle développa des psychoses momentanées, des crises de paniques, un peu d’agressivité. Mais rien ne perturba sa vie sociale ou sa vie d’étudiante appliquée et investie dans la vie de son lycée.

1948 Alice et Léon
Alice et Léon

Tout comme nous étions envoyés en summer camps pendant que les parents prenaient des vacances en Corse ou en Sardaigne, vous montiez dans les Catskills, la Borscht bell, l’ashkkénzerie de l’Ouest New Yorkais, le Mégève d’aujourd’hui ou plutôt celui des années 60.

C’est en 1942 qu’Addy tomba malade, selon mes informations une insuffisance cardiaque, peut-être comme Jojo des dizaines d’années plus tard, une porosité des parois du cœur, un trou entre les valvules, bref un truc qui ne se soignait que mal à l’époque.

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Son cœur ne fournissait plus assez, ses poumons souffraient, elle était condamnée. Mais elle ne le savait pas. Tout a été tenté. Même d’improbables chirurgies de l’époque.Rien n’a fonctionné sur la durée.Juste des répits. Tu as acheté l’appartement de Central Park Ouest pour qu’elle soit proche de l’hôpital, elle voulait rester à la campagne ou monter en altitude. Une infirmière fut engagée pour elle le jour, une deuxième pour les nuits. Vous fîtes chambre à part peu de temps après le début de sa maladie. Elle ne dormait qu’assise certains soirs. Son teint devint un peu gris, elle se maquilla un peu plus. Elle ne sortait presque plus de la maison ou seulement accompagnée.Dans ses lettres elle se plaint de  sa solitude mais continue à recevoir, à organiser des lunchs. Parfois elle descend à New York pour accompagner  sa fille, et se ménage de longues heures de repos à l’appartement?

Tous sont au petits soins pour elle.

Et puis vint l’été 43 le mois de juillet et la visite de de Gaulle. Et vint le Bastille day raconté par Alice.

puis celle de 1944 plus documentée

Dans le second tome de ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle décrit longuement le contenu de leurs conversations, qui sont d’une importance majeure pour ceux qui veulent comprendre la politique mondiale de Roosevelt. Le Général écouta avec intérêt et avec inquiétude les projets d’après-guerre, il tâcha de mettre le Président en garde contre sa conception d’un univers contrôlé seulement par quatre gendarmes : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’URSS et la Chine. Les autres pratiquement mis en tutelle. Roosevelt pensait que les Etats-Unis, les plus puissants des quatre, allaient jouer un rôle d’arbitre mondial prépondérant. De Gaulle, avec une prescience extraordinaire fit remarquer : « En tenant l’Europe de l’Ouest comme secondaire, Roosevelt ne va-t-il pas renier la cause qu’il entend défendre, celle de la civilisation ? En renforçant les Soviets, il risque de sacrifier les Polonais, les Tchèques et les Baltes. Peut-il être assuré de la stabilité de la Chine, qui est actuellement son alliée ? » Les réserves et remarques du Général allaient toutes se réaliser au cours du demi-siècle suivant. Après avoir examiné la nécessité de donner à l’Europe la place qui lui revient, le Général plaida en faveur de la France, qui à présent participait aux combats et qui contribuerait à la victoire. La France, ne devrait-elle pas reprendre sa place et retrouver son prestige d’autrefois, si nécessaire à l’équilibre de l’Europe ? Il semble que Roosevelt, à moitié convaincu, ait pensé à reconnaître à la France un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies qu’il projetait d’organiser.

Roosevelt de toute évidence voulait que de Gaulle accepte ses plans d’après-guerre où la France et l’Europe de l’Ouest seraient placées sous l’autorité américaine. Le nationalisme de De Gaulle et des Français libres le gênait.

Il est curieux de noter que les conversations qui ont duré deux jours et demi, n’ont laissé aucune trace, ni dans les archives du Département d’Etat, ni dans les notes de la secrétaire privée de Roosevelt. On peut s’en demander la raison. Seul les Mémoires du Général nous rapportent leur contenu qui est d’ailleurs confirmé par les Mémoires de Rosenman, le conseiller juridique du Président.

En tout cas, l’épouse du Président, Eleanor Roosevelt, qui l’avait vu immédiatement après la visite lui demanda ce qu’il en pensait. Le Président répondit : « Le général de Gaulle est un soldat, un patriote, … dévoué à son pays, mais d’autre part c’est un politicien, je crois qu’il y a en lui ce qu’il faut pour en faire un dictateur (7).»

Le 7 juillet, après le déjeuner du Président avec le Général, Eleanor Roosevelt s’était demandé si cette visite avait changé ses sentiments mais qu’elle n’avait « perçu aucune différence dans l’attitude de Franklin ».

D’ailleurs Roosevelt avait conclu « que de Gaulle était perdant politiquement».

Si de Gaulle avait des illusions sur les sentiments véritables du Président, il eut connaissance peu après d’une lettre que celui-ci avait écrite à un membre du Congrès au sujet d’une obscure tractation américaine avec la Compagnie générale transatlantique « qu’il fasse attention que le Général ne l’apprenne pas, car s’il était au courant, il liquiderait le directeur de cette compagnie » et il termine, « De Gaulle et moi avons examiné en gros les sujets d’actualité, nous avons causé d’une manière approfondie de l’avenir de la France… Quand il s’agit de l’avenir de la France il est tout à fait traitable lorsque la France est traitée sur une base mondiale. Il est très susceptible en ce qui concerne l’honneur de la France. Mais je pense qu’il est essentiellement égoïste».

La conférence de presse de Roosevelt qui se tint le 11 juillet donna la preuve que celui-ci était resté sur ses anciennes positions : « En attendant que le peuple français ait choisi son gouvernement, il acceptait le Comité comme l’autorité de facto pour l’administration civile de la France. » Il précisait que « le Comité n’était pas considéré comme le Gouvernement provisoire de la France. »

Une autre conférence de presse, donnée par le Général à l’ambassade de France, attira une foule considérable et eut un très grand succès. Sa conférence fut interrompue par de nombreux applaudissements et attira l’attention de l’opinion publique sur la situation anormale dans laquelle se trouvait un allié des premiers jours.

La visite du Général à New York provoqua un enthousiasme indescriptible. Le maire La Guardia qui était un gaulliste des premiers jours, lui réserva un accueil triomphal.

(7) The Autobiography of Eleanor Roosevelt, Harper Row, New York, 1978, p. 248

La presse d’ailleurs se trouvait complètement en faveur du Général et demandait avec insistance pourquoi le Gouvernement provisoire de la République n’était pas reconnu comme tel.

 

 

 

 

 

 

1 Commentaire

  1. b2016

    19 avril 2016 - 4 h 39 min
    Reply

    Je connaissais la sismothérapie dans le cadre thérapeutique de la mélancolie mais les détails que tu donnes concernant les différentes activités dans lesquelles elle s’investissait ne vont pas dans ce sens. Apparemment, c’était plus « cyclothymique » dans son cas.
    La cure sucrée suivie de l’insuline, ça sent les travaux d’expérimentation neuroscientifique. Est-ce que l’idée était de donner un coup de fouet à la zone cérébrale commandant le plaisir? Who knows?
    Bref le sentiment frustrant qu’Alice n’a pas réussi à trouver l’oreille attentive et bienveillante malgré une tentative de libérer sa parole auprès de sa mère. Tu répares ce tord en traçant son histoire aux lecteurs et auditeurs. C’était une autre époque, propice au tabous et autres secrets de famille. Dans le livre « Panorama des thérapies familiales » dirigé par Mony Elkaïm (2003 ), il y a, à ce propos, des notions très intéressantes sur la dette transgénérationnelle et la répétition. Ton oncle qui craignait que tu deviennes comme « cette pauvre Alice », le fait que tu portes ce prénom en second a certainement contribué à faire de toi, le sujet désigné pour régler cette dette. Chose que tu as réalisée en voyageant dans l’espace temps (NYC, souvenirs, archives) et en reconstituant cette partie de ton histoire familiale.
    Merci de ta générosité,
    Une amoureuse d’histoire de vie.

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