Cher Léon
Cher Léon
Par Manuela Wyler
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29 avril 2016 : 1942 -1943 Maplewood et South Orange une parenthèse

De toutes les années en Amérique celles de ses douze et treize ans ont été les meilleures se souvenait, Lizzie, les yeux parfois embués par les souvenirs.

Elle expliquait dans le désordre  l’apprentissage de l’autonomie, la fin de l’école élémentaire, les débuts en Middle School au début avec Jojo qui y traînait encore, les sorties chez Grunnings le glacier, les parties de patin sur l’étang gelé en bas de Beech Spring Road, le train pour Penn Station qu’elle avait le droit de prendre seule pour rejoindre ses parents ou les Faroll ou les Dreyfus à Manhattan, les taxis ou le métro. A treize ans à peine cette sensation de liberté. La compréhension de la guerre et les angoisses de sa soeur. L’insouciance de son frère et son envie de s’engager dans l’armée. Des années complètes et pourtant une parenthèse refermée sur l’Europe, l’oubli de la langue française, l’oubli de la France pour elle et la totale préoccupation des parents et grands-parents qui ne vivaient ne parlaient que France et retour. Son père, toi cher Léon, qui ne parlait que citoyenneté et nationalité. La sécurité de la famille était ce qu’il t’importait et alors que les allemands et les japonais étaient internés à Fort Meade vous accueilliez des militaires français, vous les logiez dans ce qui avait été le premier logement d’Emmanuel et Berthe. Tu voulais que le patriotisme des français soit reconnu. La fidélité à la France de Gaule pas celle de Pétain que tu haïssais. Tu avais su pour les rafles de l’été 1942, Paris en juillet puis le Sud en août.Tu disais

Ils commencent avec les juifs étrangers mais n’ayez crainte ils vont continuer avec les israélites français.

Tout en surveillant Alice, toujours ce manque de confiance, vous la laissiez libre de guider les marins de Fort Meade dans la ville, libre de sortir danser avec eux. Addy était malade et ses soins et examens médicaux la retenait à Manhattan dans le nouvel appartement ou à l’hôpital où Oncle Camille la faisait suivre par d’autres médecins spécialisés.

Avant l’attaque sur Pearl Harbor, la guerre faisait rage et déjà la menace croissante avec l’Europe et le Japon, les plans américains étaient déjà en cours pour l’internement des ennemis étrangers . La Loi sur  l’enregistrement des étrangers de  1940 exigeait que tous les étrangers de 14 ans et plus à se faire enregistrer auprès du gouvernement. Ce que fit la famille . Ce que l’armée n’avait pas prévu cependant, était un énorme afflux de prisonniers capturés de guerre détenus dans la zone continentale des États-Unis. Fort Meade est devenu un lieu incontournable pour les deux types de population.

Immédiatement après l’attaque, le 7 décembre 1941, le président Franklin Roosevelt a émis des actes autorisant le gouvernement des États-Unis à détenir « des ennemis étrangers  potentiellement dangereux. » Des milliers de citoyens américains et les ressortissants étrangers vivant aux États-Unis, la plupart du temps d’origine japonaise, allemande ou italienne, ont été arrêtés.

Selon un rapport du Département de la Défense intitulé «Contexte historique: la Seconde Guerre mondiale, les Camps de prisonnier de guerre du Département des installations de défense, » les préparatifs pour la construction du premier « Alien ennemi permanent camp  » a commencé en Arizona quelques jours seulement après l’attaque sur Pearl Harbor . Par la suite, des camps d’internement ont été construits sur des installations militaires à travers le pays, y compris Fort Meade.

En Mars 1942, Fort Meade a reçu ses premiers internés, qui ont été transportés de Ellis Island dans les trains scellés avec les fenêtres noircies. Selon un mémo de 1942 du Siège Area Troisième Corps , « ce camp est d’être plus ou moins en continu utilisé comme une sorte de station de compensation» pour les internés principalement germano-américaine et italienne-américaine, mais certains Américains japonais ont également fait des arrêts sur le chemin de d’autres camps. En mai 1942, Fort Meade détenait plus de 350 personnes internées.

De tout cela Lizzie en a entendu parler mais son insouciance était à la mesure de son âge, la pré-adolescence a ses priorités qu’une guerre de l’autre côté de l’Atlantique ou du Pacifique ne peut perturber bien longtemps.

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